Il était une fois où les Africains exerçaient le pouvoir dans l'Empire ottoman

Il était une fois où les Africains exerçaient le pouvoir dans l'Empire ottoman

actualite-news.com/fr vous propose une traduction de l'article en anglais  publié par «TRT World» et intitulé "Once upon a time when Africans wielded power in the Ottoman Empire". Ceci est une traduction fidèle de l'article original, elle ne reflète pas nécessairement le point de vue éditorial de notre site Web d'actualité.

 

Dans le cadre d'une série [d'articles*], TRT World explore des histoires de personnalités africaines fascinantes qui ont été largement ignorées. Du football en Turquie aujourd'hui à la gestion de la cour et du palais ottomans dans un passé lointain, on remonte loin dans le temps.

Pensez aux Africains en Turquie, et beaucoup ont tendance à tomber dans les stéréotypes: les footballeurs nigérians dans les terrains de football d'Istanbul ou d'autres immigrés vendant des baskets, de faux sacs de marque, et des parfums, dans divers centres urbains. Mais regardez de plus près, on commence à voir un grand nombre d'étudiants du continent africain étudier en Turquie dans le cadre de programmes de bourses.

Mais il y a plus. Les Africains partagent des liens historiques solides avec la [République de*] Turquie, car l'Empire ottoman, son prédécesseur, a non seulement recruté des dizaines de milliers d'Africains dans son armée, mais en a également employé un grand nombre à la cour royale et au palais.

Au cours des dernières décennies, alors que les guerres, les conflits, les famines et la pauvreté chronique ont chassé des dizaines de milliers d'Africains de leur pays d'origine et les ont poussés à chercher une nouvelle vie dans les pays occidentaux, la Turquie est devenue leur porte d'entrée vers l'Europe. Au fil des années, le pays leur a offert de telles opportunités qu'un grand nombre d'Africains ont renoncé à leur rêve européen et se sont installés dans plusieurs villes turques.

Outre la population grouillante d'immigrés africains en Turquie, il y a une population de 40 000 Turcs-Africains dont l'ascendance remonte à l'ère ottomane.

Selon Ahmet Kavas, ancien ambassadeur de Turquie au Tchad, les Africains ottomans détenaient un pouvoir important dans l'empire, en particulier les eunuques africains du harem, et les principaux eunuques ont même élu des vizirs et des gouverneurs pour les provinces clés.

"Il ne fait aucun doute que le plus influent était Hadji Becher qui a dirigé la cour ottomane entre 1717 et 1746, pendant 29 ans, avec un tel pouvoir", a affirmé à TRT World, Kavas, maintenant professeur à l'Université de Civilisation d'Istanbul (İstanbul Medeniyet Üniversitesi), [spécialiste des relations historiques Afrique-Turquie, NDLR*].

Kavas a noté que Becher était un important courtisan du sultan Mahmud Ier car il avait acquis le pouvoir de "choisir les vizirs et de renvoyer ceux avec lesquels il ne voulait pas travailler".

De nombreux Africains ont dirigé le harem ottoman et dirigé sa cour à Istanbul de 1623 à 1922. Outre Hadji Becher, les eunuques noirs Abyssins Mehmed Efendi et Becher le Moréen sont considérés comme parmi les plus influents.

Kavas a précisé que Becher avait construit des mosquées, des bibliothèques, des auberges et des madrasas à Bursa, Izmir, en Égypte, en Roumanie, à La Mecque et à Istanbul. Il a fait don de livres, a conduit l'Empire ottoman à construire sa première papeterie et l'a mise en activité avant de décéder. Il a également écrit de nombreuses épitaphes historiques. Il était connu pour son grand talent dans le tir à l'arc car il y a encore quelques obélisques qui portent son nom à Istanbul aujourd'hui à Okmeydani.

Contrairement à la notion populaire, les eunuques africains qui travaillaient pour l'État ottoman n'étaient pas castrés puisque la pratique est interdite dans l'Islam. Selon de nombreux récits historiques, les Africains étaient généralement castrés par les marchands d'esclaves qui les vendaient plus tard aux fonctionnaires ottomans. Une fois engagé au palais, ils étaient envoyés dans des écoles et des universités pour une éducation formelle.

Les brillants ont reçu des bourses pour poursuivre leurs études. Alors que beaucoup ont été recrutés dans la cour et le palais ottomans, beaucoup d'autres ont servi dans l'armée.

À un moment de l'histoire ottomane, les eunuques blancs détenaient trop de pouvoir et se livraient à la corruption. Les sultans se sont donc tournés vers les eunuques noirs vers la fin du XVIe siècle. L'une des principales raisons de cette préférence était basée sur le fait que les eunuques africains étaient éloignés, loin de leurs relations de sang, ce qui les rendait immunisés contre la corruption et le complot. Leur vie dépendait en grande partie de la providence du sultan, tandis que le sultan lui-même avait besoin de leur aide pour sa logistique quotidienne.

À une époque où l'esclavage était largement accepté dans le monde occidental, l'Empire ottoman s'y opposait, en particulier la traite des esclaves de l'Atlantique aux États-Unis, dans les Caraïbes et en Amérique centrale et du Sud, où les esclaves travaillaient généralement dans les champs agricoles et les mines de charbon. À Istanbul, cependant, les Africains avaient accès aux arcanes du pouvoir de l'Empire ottoman pendant qu'ils travaillaient avec l'élite impériale.

En Turquie aujourd'hui, les Afro-Turcs [ou Turcs d'origines africaines] vivent toujours dans différentes villes. Leur histoire est encore plus ancienne que la fondation du pays. Selon certaines estimations, leurs ancêtres sont venus librement dans le cadre des armées conquérantes tandis que d'autres ont été amenés en Turquie comme esclaves.

Un des Afro-Turcs, Şükru Seze, du village de Naime à Izmir avait déclaré à TRT World en 2018 qu'il n'avait jamais questionné ses racines.

"Je suis né en Turquie, je me sens turc, il n'y a pas de différence", avait-t-il déclaré.

Seze avait ajouté que son petit-fils, diplômé de l'université, avait fait des recherches sur l'origine de la famille et découvert qu'elle était originaire du Soudan.

"Je ne connais même pas le nom de mon grand-père. La maman de ma mère est morte au début de la guerre contre les Grecs », a-t-il dit.

L'Afro-Turc Cakir Dogluer, 64 ans, vit dans le même village. Il est à la tête de la Société de Culture et de Solidarité des Africans, qui vise à reconnecter les Afro-Turcs et à codifier les histoires orales en Turquie.

 

 


TRT World, avec la participation d'Ahmet Kavas

Traduit de l'anglais par Ümit Dönmez

* Ajout du traducteur

Photographie : Carte postale photo du maître-eunuque du sultan ottoman Abdulhamid II, photographié au palais impérial (Wiki commons)

 


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