Irak : Qui tue les manifestants? (Analyse)

Des organisations internationales de défense de droits de l’homme, telles que Amnesty international, estiment, sur la base de rencontres effectuées avec des activistes, témoins de meurtres de manifestants, que les forces de sécurité irakiennes ont utilisé des munitions réelles pour disperser les manifestants dans le cadre d’une campagne de répression que l’organisation a qualifié « d’effroyable ».

 

Des organisations internationales de défense de droits de l’homme, telles que Amnesty international, estiment, sur la base de rencontres effectuées avec des activistes ayant assisté au meurtre de manifestants, que les forces de sécurité irakiennes ont utilisé des munitions réelles pour disperser les manifestants dans le cadre d’une campagne de répression que l’organisation a qualifié « d’effroyable ».

«Les forces de sécurité visent à inquiéter, à terroriser et à arrêter les activistes pacifistes, les journalistes et les protestataires », poursuivent ces organisations.

De son côté, le gouvernement irakien indique que les chefs des forces de sécurité ont perdu le contrôle de leurs éléments lors des manifestations (première vague au début d’octobre), générant la mort de 149 civils et la blessure de 4207 autres, précise un rapport de la commission d’enquête mise sur pied par le gouvernement.

Les manifestants insistent pour dire que le gouvernement de Adel Abdel-Mehdi évite d’imputer la responsabilité d’avoir ordonné les meurtres aux « véritables » responsables qui sont des dirigeants politiques et sécuritaires du Hachd Chaabi (Mobilisation populaire), accusées d’exécuter des ordres iraniens.

La commission d’enquête a été présidée par le ministre de la Planification, Nouri al-Dulaimi, membre du Cabinet de Abdel-Mehdi, que les manifestants accusent d’être le responsable des meurtres en sa qualité de Chef suprême des Forces armées, tout en mettant en doute la « crédibilité » de l’enquête menée par une commission conduite par un ministre.

Le ministère irakien de la Défense avait déjà reconnu « l’usage excessif de la force » à l’encontre des manifestants.

La Référence religieuse chiite a appelé le gouvernement de Abdel-Mehdi à sanctionner les parties responsables du meurtre des manifestants, au début du mois d’octobre.

La commission en charge d’enquêter sur le meurtre de manifestants sortis dans la rue pendant plusieurs jours au début du mois d’octobre, a conclu que « la responsabilité incombe à des dirigeants des services de sécurité, à cause de l’usage excessif de la force et des balles réelles tirées ».

« Soixante dix pour cent des personnes tuées ont été touchées à la tête et à l’abdomen », selon le rapport qui a évalué le nombre de morts à 149 civils, 8 éléments des services de sécurité, ajoutant que 3458 manifestants ont été blessés à côté de 363 policiers ».

La commission a indiqué avoir identifié des preuves attestant que des snipers ont pris pour cible des protestataires à partir d’un haut immeuble du centre de la capitale Bagdad.

Le rapport de la commission indique détenir des preuves que des manifestants ont été pris pour cible par des balles de snipers depuis un bâtiment à proximité de la Place Tahrir à Bagdad.

Cependant, ledit rapport évite d’évoquer l’identité des snipers, parallèlement à des accusations proférées par des activistes et lancées contre le gouvernement qui dissimule l’identité et l’appartenance des snipers.

Les affirmations du rapport, selon lesquelles les "autorités responsables n’ont donné aucun ordre de tirer des balles réelles contre les manifestants" ont suscité une polémique dans les sphères politiques et parmi les manifestants concernant les contradictions mentionnées dans le rapport d’une part et les mesures prises par le gouvernement d’autre part.

Le gouvernement « s’est contenté », selon le rapport, de « limoger des dizaines de responsables de la sécurité, notamment le commandant des opérations à Bagdad et des chefs d’unité de la police fédérale et de l'armée, tout en recommandant de les traduire devant la justice militaire pour enquête et poursuite sur la base d’accusations de manquement ou de désobéissance aux ordres militaires.

Les mesures prises par le gouvernement à la lumière des conclusions du rapport de la commission d'enquête comprennent le limogeage, la sanction ou le lancement d’enquête sur les meurtres ainsi que le renvoi d’un groupe de responsables devant la justice militaire. Il s’agit du commandant des opérations de Bagdad et de 11 dirigeants de l'armée et de la police, ainsi que des chefs de police des provinces de de Babel, de Dhi Qar, d’al-Muthanna, d’al-Qadisiyah, du Nadjaf et de Wasset.

Le rapport de la commission d'enquête n’a mentionné nulle part la responsabilité du Premier ministre en tant que commandant en chef des forces armées, d’aucun dirigeant des factions de la Mobilisation populaire, ou d’éléments du Service des protections spéciales des membres de la Chambre des députés ou de dirigeants politiques et religieux, dont la responsabilité « directe » dans les meurtres a souvent été évoquée par les militants.

Les conclusions de l'enquête ont été largement critiquées par les manifestants et les activistes sur les réseaux sociaux, ainsi que par certains députés et hommes politiques.

Des blocs politiques, tels que « La coalition al-Irakiyya » (L’Irakienne), ont critiqué le rapport rédigé par la commission d'enquête sur le meurtre de manifestants pour avoir fait peu de cas des attaques dirigées contre certains médias, en évitant de dévoiler "qui a donné l'ordre de tirer" et d’agresser les manifestants.

Il existe un accord "implicite et à une petite échelle » entre les forces de sécurité et certains manifestants quant à la présence de snipers "non identifiés" postés sur les toits d'immeubles à proximité de la place Tahrir au centre de Bagdad, qui visent aussi bien les manifestants que les forces de l’ordre.

Un porte-parole du ministère de l'Intérieur avait fait assumer la responsabilité à des "mains [parties] malveillantes" d’attaquer des manifestants et des éléments des forces de sécurité.

Il est clair que les hauts responsables sécuritaires et militaires des départements de l'Intérieur et de la Défense, de la Sûreté nationale, de la Mobilisation populaire et le Chef suprême des Forces armées ont été incapables de contrôler le rendement des forces de sécurité et des éléments de la Mobilisation populaire, tout au long de la première vague des manifestations entre le 1er et le 7 octobre. Les activistes évoquent avec insistance la probable "collusion" contre les manifestants.

Bien que le rapport de la commission d'enquête n'en parle pas, les médias, se basant sur des le témoignage de manifestants, ont rapporté que des factions de la Mobilisation populaire sont responsables du large recours aux munitions réelles. Il ressort d’autres rapports que la Mobilisation populaire est responsable des descentes et de la destruction de biens et équipements de certaines chaînes de télévision satellitaires.

 

Parlement irakien : Convocation "immédiate" du Premier ministre

Le Parlement irakien a voté, mardi, pour la convocation « immédiate » du Premier ministre, Adel Abdel-Mehdi, qui sera auditionné concernant la récente crise politique.

L’actuelle session parlementaire restera ouverte jusqu’à l’arrivée du Premier ministre irakien.

Le président du Parlement a, ainsi, ordonné au secrétariat général du Parlement de prendre contact avec le Premier ministre pour le convoquer « immédiatement ».

Le Parlement irakien a également voté pour la levée de l’immunité parlementaire sur tout député accusé de corruption et faisant l’objet de poursuites judiciaires pour les actes qu’il aurait commis.

L’Irak fait face depuis vendredi à une nouvelle vague de protestations populaires violemment réprimée par les forces de l’ordre. Au moins 80 personnes ont été tuées et des milliers d’autres blessées.

 

Irak / Manifestations : 83 morts depuis vendredi

Une source médicale irakienne a déclaré qu’un manifestant a été tué, à l’aube de mardi, par les tirs à balles réelles des forces de l’ordre, sur la place Tahrir, dans le centre de Bagdad.

La même source a ajouté, sous couvert d’anonymat, que plusieurs blessés ont été transportés aux hôpitaux de la région.

Le bilan de cette nouvelle vague de manifestations entamée vendredi dernier en Irak faisait état de 82 morts lundi. 6 manifestants ont, ainsi, été tués à Bagdad, un à Kerbala dans le centre du pays et un huitième a succombé à ses blessures à Bassora.

Au total, avec la victime de mardi, 83 morts ont été tués d’après des statistiques mises en place en fonction des chiffres de la Haute commission des droits de l’homme irakienne et des témoignages concordants de plusieurs sources médicales.

En dépit du couvre-feu nocturne décrété à Bagdad, les manifestations se poursuivent dans plusieurs zones de la capitale irakienne. Il s’agit de la deuxième vague de manifestations au cours du mois d’octobre en Irak. 149 manifestants et 8 membres des forces de l’ordre ont été tués au cours de la première.

 

 

 

 

Amir Saidi,  Ali Jawad, Raed al-Hamed, Mohammed Maher Ben Romdhane, Mona Saanouni

Photographie : Archive, Agence Anadolu

 

 


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