Les objectifs d'une éventuelle opération turque à l'est de l'Euphrate en Syrie

La Turquie veut défendre non seulement ses frontières, mais aussi l'intégrité territoriale de la Syrie, dont environ un tiers est sous l'occupation des terroristes du YPG/PKK

 

L'éventuelle opération militaire que mènera la Turquie à l'est de l'Euphrate, en Syrie, éliminera non seulement les menaces directes contre les villes près de la frontière, mais permettra aussi le retour des réfugiés syriens, tout en assurant l'intégrité territoriale de la Syrie.

L'organisation terroriste YPG/PKK s'est étendue sur la zone à l'est de l'Euphrate entre janvier et juin 2015, grâce au soutien accordé par les États-Unis, sous prétexte de lutte contre Daech.

Le YPG/PKK a chassé Daech d'abord de Ayn al-Arab (Kobané), situé en face de Suruç, district de la région turque de Sanliurfa, puis de Tall Abyad, situé en face d'Akcakale, district de la même région turque.

Il a ainsi saisi deux districts syriens importants à l'est de l'Euphrate.

Les YPG ("Yekîneyên Parastina Gel", "Unités de protection du peuple") et le PYD ("Partiya Yekîtiya Demokrat, "Parti de l'union démocratique" sont des branches syriennes respectivement militaire et politique du groupe terroriste PKK ("Partiya Karkerên Kurdistan" : "Parti des travailleurs du Kurdistan"). Le PKK est répertorié comme une organisation terroriste par la Turquie, les États-Unis et l'Union Européenne. Au cours de sa campagne terroriste de plusieurs décennies contre la Turquie, le PKK a tué plus de 40 000 personnes sur le seul territoire turc, dont 7 000 civils.

 

La sécurité des frontières turques

Depuis environ cinq ans, l'organisation terroriste cible les zones d'habitation près de la frontière turco-syrienne, et est ainsi une menace potentielle à la sécurité des frontières turques.

Les points Chelebi et Harab-ashk, considérés comme les deux premiers dépôts d'armes des États-Unis au Moyen-Orient, sont situés à 40 km de la frontière turque. Dans au total treize dépôts d'armes sont stockées les armes à longue portée que les États-Unis ont fournies au YPG/PKK depuis avril 2016.

Parmi ces armes se trouvent des canons de 57 et 90 mm qui pourraient viser le territoire turc, des missiles anti-tank, des mortiers américains de type OTAN d 120 et 82 mm, des fusils Kalashnikov modernisés, des lance-roquettes SP9, des lance-roquettes anti-tanks et de portée allongée, des batteries Katioucha, des mines terrestres et du matériel explosif.

Ainsi, l'opération qu'effectuera l'armée turque est d'une importance clé pour la sécurité des frontières de la Turquie.

Le but de cette opération est donc d'empêcher l'accès du YPG/PKK vers les frontières turques et ses activités armées près de cette zone.

 

Le retour des réfugiés syriens

L'éventuelle opération vise, par ailleurs, de créer une zone sécurisée pour les réfugiés et les déplacés syriens, victime du conflit interne qui perdure depuis neuf ans.

Le Président turc, Recep Tayyip Erdogan avait été le premier à évoquer le besoin d'une zone sécurisée, en mai 2013, lors d'une visite aux États-Unis.

Erdogan avait proposé à son homologue américain à l'époque, Barack Obama, un plan à trois étapes, soit la proclamation d'une zone exclusive aérienne en Syrie, la création d'une zone sécurisée pour les civils, puis une opération terrestre conjointe avec les forces de la coalition. Les autorités turques ont évoqué le sujet à chaque discussion avec les acteurs impliqués dans la question syrienne.

La zone sécurisée prévue par la Turquie vise une zone d'abri assurant la sécurité des civils fuyant les conflits. La Turquie planifie une zone où tous les civils ayant fui la Syrie pourraient aller, et où les réfugiés syriens s'étant réfugiés en Turquie, pourraient s'installer. 3,7 millions de réfugiés syriens sont accueillis par la Turquie.

Car, il est estimé que même si le conflit arrive à terme, le peuple syrien, privé de logement, d'emploi et de services sociaux, continuera à immigrer vers les pays d'Europe. Cela préoccupe surtout les pays européens.

Dans son discours devant l'Assemblée générale de l'Organisation des Nations unies (ONU), le 24 septembre, Erdogan avait partagé les détails sur la zone sécurisée. Cette zone, établie le long d'une ligne de 480 km, pourra accueillir un à deux millions de Syriens dans une première étape.

C'est l'autoroute M4, reliant l'est à l'ouest de la Syrie, qui délimite cette zone de 30 km de profondeur. Le YPG/PKK utilise cette autoroute pour ses transferts logistiques et commerciaux.

Erdogan a ajouté que si la zone s'étale jusqu'à l'axe Raqqa-Deir-ez Zor, elle pourra abriter trois millions de Syriens en provenance de Turquie et d'Europe notamment.

 

L'intégrité territoriale de la Syrie

Le YPG/PKK occupe actuellement le nord-est de la Syrie, soit un tiers du pays. Il a monopolisé les activités politiques dans la région et réprime toute voix opposante, sans distinguer d'origine ethnique.

Les plus importantes zones agricoles, sources d'énergies et d'eau de la Syrie, se situent dans cette région occupée.

L'organisation terroriste instrumentalise ces ressources, de temps à autre, pour contrôler le peuple local arabe constituant la majorité de la région.

L'éventuelle opération est donc également importante pour l'unité et l'intégrité territoriale de la Syrie.

La Turquie souligne, depuis de longues années, le besoin de renforcer l'intégrité territoriale de la Syrie, dans et au terme des réunions avec les deux autres garants du processus d'Astana, à savoir la Russie et l'Iran.

 

 

Selen Temizer, Levent Tok, Nur Asena GÜLSOY

Photographie : Archive, Agence Anadolu

 

 


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