France: Le gouvernement mis au pied du mur sur l'attentat de Nice

Contrairement au consensus que la France a connu au lendemain des attentats de novembre 2015, une crispation sur le dossier sécuritaire divise le pays et risque de fragiliser le gouvernement à l'approche des élections présidentielles de 2017.

 

AA - Paris - Bilal Müftüoğlu - Le ministère français de l'Intérieur, pris à partie par l'opposition au sujet de l'attentat de Nice qui a fait 84 morts le 14 juillet dernier, fait face à une pression de plus en plus forte sur les défaillances en matière de sécurité, après les révélations d'une policière niçoise sur l'enquête concernant l'attentant le plus sanglant sur le sol français après ceux de Paris, en novembre 2015. 

Le ministère est notamment mis en cause par Sandra Bertin, cheffe du centre de supervision urbain de la ville de Nice, qui affirme avoir été "harcelée" par les agents de la Place Beauvau (le ministère de l'Intérieur) afin qu'elle modifie son rapport sur le dispositif policier le soir de la Fête Nationale à Nice.

Dans une interview parue au Journal du Dimanche (JDD), la policière municipale soutient avoir été contactée par le cabinet du ministère pour qu'elle signale dans le rapport les "points de présence de la police municipale, les barrières" et qu'elle précise que "l’on voyait aussi la police nationale sur deux points dans le dispositif de sécurité". Or, selon la policière, aucun agent de la police nationale n'était "apparu" sur les vidéos de surveillance des lieux de l'attentat.

Le gouvernement n'a pourtant pas tardé à répondre aux accusations de Bertin y voyant même un élément de "diffamation" à l'encontre du ministère de l'Intérieur. Le ministre, Bernard Cazeneuve, a notamment annoncé que son ministère porte plainte à l'encontre de la policière niçoise, excluant l'hypothèse de tout échange entre ses commissaires et Bertin. 

Le Premier ministre Manuel Valls a renchéri pour sa part, lundi, sur la chaîne d'info BFM TV, soulignant que "Bernard Cazeneuve est un homme intègre, un homme d'État, un ministre de l'Intérieur formidable". 

Valls n'a pas hésité, non plus, à s'en prendre à l'opposition, notamment aux Républicains (LR) sur leurs méthodes qui seraient basées, selon lui, sur "l'outrance et la calomnie". 

"C'est une polémique purement politique qui vise à déstabiliser le gouvernement. Depuis le premier jour, quand Bernard Cazeneuve, dans la nuit du 14 au 15 juillet, est arrivé  à Nice, au moment où il y avait encore des blessés sur la promenade des Anglais et les cadavres de ceux qui avaient été tués par ce terroriste, au moment où le pays était sous le choc", a riposté le chef du gouvernement.

Et de poursuivre avec des propos ciblant spécifiquement Christian Estrosi, président de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, dont Nice est la deuxième ville: "L'ancien maire de Nice, président de la région, a été élu dans des conditions particulières, dans un rassemblement républicain contre l'extrême droite… Je pense que l'on doit être à la hauteur de la fonction, digne d'une élection, et jamais dans la polémique".

Les déclarations des membres du gouvernement à l'encontre de la policière municipale et de l'opposition, d'une manière plus générale, ne sont pas passées inaperçues chez les Républicains. "Je n’accepte pas que le ministre, depuis son bureau de la place Beauvau ou sur les plateaux de télévision, fasse le tour des médias pour insulter les élus que nous sommes", a notamment déclaré Estrosi lundi sur la radio Europe 1, s'adressant directement à Cazeneuve. 

Bruno Beschizza, Secrétaire des Républicains en charge de la Sécurité, a appelé de son côté Cazeneuve, dans un communiqué publié sur le site de son parti, à sortir de "l’opacité, les contradictions et les zones d’ombre qui persistent" sur l'attentat de Nice, évoquant même "une tentative de dissimulation lourde de conséquence" par le gouvernement.

Valérie Debord, porte-parole des Républicains, a critiqué pour sa part, la plainte déposée par Cazeneuve pour diffamation, accusant le ministre d'"utilise[r] la justice pour tenter de museler une policière municipale". 

Finalement, le président François Hollande a pris une position plus neutre que le reste de l'exécutif, estimant que seule la justice et "personne d'autre" pourrait établir la vérité sur le dispositif de sécurité à Nice. 

"Il ne peut pas y avoir de polémique ou d'affrontement. C'est pourquoi le Premier ministre Manuel Valls et le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve ont eu raison d'en appeler à la dignité, la responsabilité, tout en garantissant la transparence", a-t-il argué, depuis Vincennes, en visite aux militaires engagés dans le cadre de l'opération Sentinelle. 

Couac de communication pour le gouvernement ? 

L'attentat de Nice, troisième acte terroriste sur le sol français depuis janvier 2015, s'est distingué des deux premiers par l'absence d'une unité nationale, notamment par le biais des manifestations comme la "Marche républicaine" suite aux attentats de Charlie Hebdo, en janvier 2015. Depuis l'attentat de Nice, gouvernement et opposition échangent des accusations virulentes au sujet de la gestion de la question sécuritaire, qui occupe une place de plus en plus importante dans la vie politique française.

Contrairement à ce qui a été observé au lendemain des deux premiers attentats terroristes, quand la prévalence de "la solidarité nationale" freinait toute velléité contestataire, la droite a décidé de réagir "différemment" cette fois-ci. Cette "inflexion stratégique" aurait initialement échappé au gouvernement, selon Pierre-Emmanuel Guigo, agrégé d'histoire et enseignant la communication politique à SciencesPo Paris. 

"Le gouvernement a tardé à réagir. Il n'a pas pris conscience que la droite, Christian Estrosi en tête, avait décidé, cette fois ci, de l'attaquer", explique le chercheur à Anadolu.

"Ce n'est qu'au bout de deux jours que le gouvernement est vraiment allé sur les plateaux de télévision, rappelle-t-il, pour expliquer qu'il n'y avait pas eu de faute imputable à la police nationale". 

François Hollande est quant à lui, resté "relativement absent au delà du discours de compassion habituel", selon Guigo, ce qui n'a pas aidé l'exécutif à justifier ses propres positions face à l'opposition. 

La droite fustige le gouvernement car elle "semble avoir tiré la conclusion de l'après Charlie ainsi que de l'après 13 novembre que le consensus national pouvait favoriser un regain de popularité de l'exécutif", estime l'enseignant à SciencesPo.

"Ce fut le cas nettement en janvier 2015, et un peu moins en novembre 2015, même si l'on avait aussi constaté une hausse d'environ 10 points suivant les baromètres", poursuit-il. 

En revanche, "quand l'opposition se fait entendre et critique le gouvernement comme c'est le cas à présent, il en résulte un effet plus clivant sur l'opinion, explique Guigo. Il est donc peu probable que l'on assiste à une aussi forte hausse dans les sondages qu'en janvier 2015". 

Les crispations au sujet du dispositif de sécurité prouvent, par ailleurs, que le thème de la sécurité nationale occupera une place importante durant la campagne des élections présidentielles de 2017, tient à souligner Guigo.

La sécurité est "clairement un des principaux sujets de préoccupation des Français après le chômage. Après trois attentats en presqu'un an, il est évident que cela va être un sujet de la campagne pour la présidentielle de 2017. Au moins deux des principaux candidats, Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy, en font leur cheval de bataille. Même Alain Juppé qui était plutôt sur une position modérée jusque-là s'est exprimé assez durement après les attentats de Nice, créant d'ailleurs une vive réaction à son encontre", note le chercheur. 

 
 


 

Drapeau Français

 


 

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