Les Franco-Turcs hésitent sur leur choix du candidat pour la Présidentielle française

Publié par Bilal Müftüoğlu le . Publié dans France Politique

A quatre mois de l'élection présidentielle française, les Franco-Turcs confient avoir du mal à trouver un candidat qui représenterait non seulement les intérêts de la Nation, mais aussi ceux de leur propre communauté.

AA - Paris - Bilal Müftüoğlu - Estimés à plus de 600 000, avec près de 200 élus à l’échelle locale, les Franco-Turcs sont en voie de devenir une composante essentielle de la vie politique en France, à l'instar d'autres communautés ethniques ou religieuses représentées par des hommes politiques au niveau national. 

Anciens partisans de François Hollande en 2012 face à Nicolas Sarkozy, qui avait pénalisé sous sa présidence la non-reconnaissance des événements de 1915 comme « génocide » et avait partiellement bloqué l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne (UE), les Turcs de France ont aujourd’hui l’embarras du choix dans la mesure où de nombreux candidats sont en lice pour la première fois pour devenir le nouveau locataire de l’Elysée à partir de mai 2017.

Soutenant en partie Alain Juppé lors de la primaire de la droite, avec une participation active à ses meetings, les Franco-Turcs doivent désormais choisir entre François Fillon, qui a remporté la primaire en question, Emmanuel Macron, Marine Le Pen et le candidat de la gauche, qui sera déterminé à la fin du mois par la primaire de la Belle Alliance populaire. 

Aucun candidat ne semble bénéficier d'un soutien évident de la part des Franco-Turcs à l'heure actuelle, selon les témoignages recueillis par Anadolu, contrairement à celui duquel avait bénéficié Hollande après cinq ans de relations très tendues avec la Turquie sous la présidence de Sarkozy. Il faudra sans doute se rappeler des commentaires tous azimuts des Turcs peu avant l'élection de 2012, mettant en garde contre un deuxième mandat de Sarkozy à l'Elysée. 

"Si Hollande perd et Sarkozy reste au pouvoir, alors pauvres de nous", déclarait alors Mehmet Ali Birand, présentateur sur la chaîne turque Kanal D tandis que Can Buharali, du centre de recherche économique et de relations internationales Edam, soutenait que "la Turquie serait contente de ne pas voir M. Sarkozy réélu". 

 

Absence de candidat capable de répondre aux attentes des Franco-Turcs

Les Franco-Turcs affirment leur volonté de se rendre aux urnes tout en confiant leur incapacité de désigner un candidat qui soit capable de répondre aux attentes de leur communauté. 

"Il y a aucune différence entre la droite et la gauche", assène Filiz, 33 ans, sans emploi. Dénonçant le côté "clientéliste" et "islamophobe" des hommes politiques de gauche comme de droite, elle affirme que les deux courants politiques, respectivement au pouvoir entre 2002 et 2017, ont produit des bilans très similaires, d'où son intention de voter blanc au printemps prochain. Elle déplore par ailleurs que ces deux courants "n'aient pas tenu leurs promesses électorales" en matière de politique internationale ou encore de défense des intérêts des citoyens. 

Fatih, 20 ans et étudiant en licence, se lamente de son côté de ne pas pouvoir trouver un candidat qui puisse répondre aux demandes des jeunes franco-turcs notamment en terme d'emplois et d'insertion professionnelle. "Comme nous avons vu avec le projet de loi Travail, les hommes politiques ne prennent pas en compte les attentes des individus, ils les poussent plus dans des situations terribles", note-t-il. 

Malgré sa participation aux primaires de la gauche et de la droite, Hulya, 29 ans et adjointe chef de magasin, souligne qu'elle n'a toujours pas de candidat pour l'élection présidentielle. Le candidat idéal devrait assurer "un bon avenir pour la nouvelle génération" et rendre la France "un pays vivable pour tout le monde", estime-t-elle. Elle déplore, en revanche, la réticence, jusqu'ici, des Franco-Turcs à parler haut et clair de leurs attentes des hommes politiques français. 

"Les Franco-Turcs préfèrent traditionnellement vivre entre eux. Mais de nos jours, il y a des associations socio-culturelles qui leur permettent d'être intégrés et d'être visibles. La nouvelle génération va être plus active dans la société française", assure Hulya. 

Selin, 21 ans, étudiante en 2e année de BTS banque, estime, comme Hulya, que les Franco-Turcs "ne s'intéressent pas totalement aux élections présidentielles et même à la politique française", en lien possible avec leur milieu familial. Participant, elle aussi, aux primaires, et suivant "régulièrement" les campagnes de la gauche et de la droite, elle se dit "plus favorable" à la gauche, notamment pour Emmanuel Macron, en raison de leurs visions qui "lui conviennent beaucoup plus" que celles d'autres partis. 

Esra, 22 ans et caissière en région parisienne, affirme au contraire qu'elle boudera les urnes, arguant qu'"aucun candidat ne peut avoir une approche anti-raciste envers la communauté musulmane et surtout envers la communauté turque". "C'est la raison pour laquelle je n'ai pas voté non plus en 2012", renchérit-elle. 

 

"Les jeunes Franco-Turcs vont créer un pont entre la France et la Turquie"

Metin Yavuz, Conseiller départemental franco-turc du Val-de-Marne, se félicite de voir une plus grande mobilisation des électeurs franco-turcs à la primaire de la Droite qui s'est tenue en novembre dernier. "Il y a eu un investissement important des Franco-Turcs à la primaire. Ils ont été plus visibles dans la société pour la reconstruction de la France", salue-t-il. 

Comme les autres Franco-Turcs, le conseiller départemental estime que c'est la nouvelle génération qui se rendra davantage aux urnes avril et mai prochains.  "Ce sont les jeunes Franco-Turcs qui vont créer un pont entre la Turquie et la France, ce qui va permettre d'avoir une réflexion plus large au niveau culturel, économique et diplomatique entre les deux pays", commente-t-il.

Au cours des derniers mois, plusieurs rencontres ont été réalisées, notamment dans les associations socio-culturelles franco-turques, informe Yavuz, afin de "pousser" les personnes et surtout les jeunes à voter. Grace à ces rencontres, la participation des Franco-Turcs aux élections présidentielles devrait être, selon lui, plus élevée que pour la primaire.

 

Metin Yavuz sera l'invité en direct de l'émission Les Zinformés de MIT, le vendredi 13 janvier à 21h00 sur Radio MIT avec  et Ümit Dönmez et Dilek Karaağaç.


 
 
 

 

France Candidats Presidentielles 2017

 

 


 

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