France : «Le pion d'Erdogan», Ali Gedikoglu répond à nos questions

France : «Le pion d'Erdogan», Ali Gedikoglu répond à nos questions

Le nom de Ali Gedikoglu, président fondateur du Conseil pour la Justice, l'Egalité et la Paix (COJEP), est régulièrement cité dans les media français, et pas toujours de manière positive. actualite-news.com pose les questions qui s'imposent à Ali Gedikoglu par WhatsApp.

 

actualite-news.com (AN) : Bonjour Monsieur Gedikoglu. Depuis deux à trois mois certains journaux locaux et nationaux écrivent de nombreux articles sur les élections en Turquie, il semblerait que vous avez quelques critiques à émettre ?

Ali Gedikoglu (AG): En effet, je déplore la subjectivité totale de certains de ces media, avec aucune connaissance des Franco-turcs et de leurs intentions de vote par exemple. Je leur pose cette question : Allons-nous faire du journalisme éthique et objectif ou idéologique et partial ?

Les media observent, régulièrement et avec un esprit très critique, les comportements et agissements des pro-Erdogan mais n'en font pas autant pour d'autres courants légaux tels que le CHP (Parti républicain du peuple) ou HDP (Parti démocratique du peuple), et illégaux tels que le PKK [organisation reconnue comme terroriste par la France et l'Union Européenne].

Il y a une approche avec préjugés : Un journaliste m'a demandé si je pensais qu'Erdogan faisait du bon travail. Je lui ai répondu qu'il avait gagné 12 élections successsives observées par des institutions et ONG indépendantes européennes, et ce sont des élections avec plus de 85% de participation contrairement aux élections en Europe occidentale ou ce taux est d'environ 50%.
J'ai ajouté que moi je n'avais pas à juger, que le peuple l'avait déjà jugé.
Il m'a demandé mon avis car dès le moment ou je décris Erdogan de manière positive, il pourra me coller l'étiquette «pro-Erdogan».
Il y a une campagne européenne vis-à-vis des Turcs pro-Erdogan, une certaine exclusion, une mise à l'écart à l'échelle européenne de ceux-ci.

Présentes en Europe depuis 50 ans, les personnes d'origines turques sont généralement bien intégrées, mais aussi exclues par cette pression médiatique car cette campagne de dénigrement est essentiellement destinée aux sympathisants du Ak Parti en Europe.
Parmi les partis politiques de Turquie, le HDP détient le réseau le plus développé, le plus vaste en Europe. Pourquoi n'observent-ils pas ce groupe avec le même esprit critique et se concentrent-ils sur les "pro-Erdogan", les partisans et sympathisants du AK Parti ?
Et nous ne demandons pas ce focus sur le HDP non plus, nous demandons pourquoi cette campagne anti pro-AKP, pourquoi ce comportement inégal, ces deux poids deux mesures vis-à-vis des pro-AKP et vis-à-vis des pro-HDP par exemple ?

 

AN : Vous avez récemment été entendu par la Justice pour une de vos déclarations, pouvez-vous nous en dire davantage ?

AG : Lorsque nous avons fondé Medyaturk, nous avons souligné l'importance de la coopération France-Turquie et qu'un nouvel élan entre ces deux pays devait être initié.
J'ai donné des noms en disant que ces gens étaient des personnes qui empoisonnaient les relations France-Turquie. Une plainte a été déposée en Justice par certaines de ces personnes auprès du doyen des juges d'instruction du TGI de Paris en janvier 2017 sur le fondement de l'article 24 de la loi du 29 juillet 1881, et j'ai récemment été acquitté de ces accusations. Une partie de ce procès concernant un chef d'accusation est en suspens. Nous espérons qu'il n y aura pas de suite car ces accusations sont mensongères.

S'agissant des informations en France liées au COJEP, ce sont les mêmes auteurs qui depuis des années font de la diffamation, donnent une mauvaise image de nous car ils sont pour la plupart d'entre eux de Gauche et d'Extrême-gauche donc subjectivement opposés à nos positions : il y a une approche idéologique de ces personnes, et non objective, ce qui, je pense, devrait être l'attitude générale des journalistes, mais aussi l'attitude pour renforcer la réussite des relations franco-turques.

Ces personnes depuis 20 ans diffament la Turquie et nuisent aux relations France-Turquie que nous voulons les meilleures possibles ; alors pour l'intérêt de ces relations, j'ai évoqué mon désir que de nouvelles personnes assument leurs rôles respectifs pour apporter un nouvel élan à l'amitié qui m'est chère entre mon pays de naissance et mon pays d'adoption. La France et la Turquie doivent coopérer ensemble au Moyen-Orient, dans les Balkans, en Asie centrale et le million de Franco-turcs devrait construire ces ponts économiques, culturels et politiques entre les deux pays, et en tant que COJEP, nous voulons prendre part dans le renforcement de cette amitié.



AN : Quelles sont les objectifs du COJEP ?

AG : Que l'on parle de Franco-Turcs ou de Français d'origine turque, nous sommes citoyens Français. Nous avons donc des droits et des responsabilités. En tant que COJEP, nous assumons ces droits et reponsabilités avec humilité et franchise.
L'État français me donne sécurité et droits sociaux, et des libertés. Je suis donc reconnaissant envers l'État français. Le COJEP est toujours resté fidèle à la France. Depuis trois décennies nous visons à renforcer la France et sa cohésion sociale.

Nous pensons que la représentation démocratique est inégale et que les personnes d'origines étrangères et souvent musulmanes restent non représentées ou exclues du système politique. Cela se traduit par exemple par un fort absentéisme de ces citoyens français. Nous visons à intégrer ces citoyens dans le forum démocratique national et nous faisons cela dans la transparence totale.

Nous visons toujours et exprimons toujours notre désir de cohésion sociale et citoyenne avec l'inclusion de tous sans discrimination aucune. Nous avons initié des campagnes pour nourrir cet élan citoyen, par des conférences, séminaires, activités sociales et culturelles, mais aussi par des actions politiques. Nous nous sentons responsables vis-à-vis de la France, et nous avons une dette, un devoir citoyen envers la France, envers laquelle nous sommes reconnaissants pour les droits qu'elle nous accorde sans discrimination.

 

AN : Certains media portent des accusations envers le COJEP comme celle d'un supposé entrisme de votre part ou d'être le "pion d'Erdogan", parfois même de viser le modèle français de laïcité. Vos commentaires ?

AG : Toutes nos initiatives visent à renforcer la participation citoyenne mais on nous qualifie d'entristes, de personnes qui cherchent à infiltrer le système, d'être les "pions d'Erdogan" : pourquoi ces mensonges, ce manque de reconnaissance envers nos efforts ?
Nous avons créé un club de football avec des gens d'origines diverses et avons gagné des coupes et trophées : comment peut-on y voir de mauvaises intentions ?
Notre but a toujours été la cohésion de tous les citoyens français dans la diversité qui doit être considérée comme une force et sûrement pas comme une menace.

Nous étions présents en France 20 ans avant qu'Erdogan arrive au pouvoir en Turquie. Nous sommes totalement indépendants. Nos membres sont tous et chacun indépendants dans toutes leurs décisions. Nos initiatives sont indépendantes et cela est une insulte à notre esprit d'indépendance ; nous avons nos propres idées et objectifs clairement indépendants de Erdogan et du AK Parti. Pourquoi les media ne questionnent pas avec autant de zèle le virage du langage en France et Europe vers l'extrémisme ?

 

AN : Quelle est votre position vis-à-vis de la laïcité en France ?

AG : Concernant la laïcité, quand la Loi de 1905 a été écrite, il n'y avait pas ou pas beaucoup de musulmans en France. Les musulmans sont arrivés après 1920 et devenus plus présents depuis les années 1950-1960. La démographie de la France a évolué. Nous ne visons pas au changement des lois actuelles, nous voulons une interprétation qui puisse être inclusive des musulmans aussi et de leurs droits autant que de leurs responsabilités. Nous ne voulons pas l'exclusion des musulmans qui sont en termes pratiques privés de certains de leurs droits et libertés.
Cela est valable pour l'Alsace aussi, ou le Concordat n'inclut pas les musulmans par exemple. Nous avons besoin d'un processus pour cimenter la cohésion dans la diversité et l'égalité des droits et responsabilités.


AN : L'année 2014 a vu la création du Parti Égalité et Justice (PEJ), quelles étaient les motivations de vos amis pour la création de ce parti politique ?

AG : Les plus jeunes d'entre nous sont nés ici, sont allés à l'université ici, leur vie et leur avenir est ici, ils veulent assumer un rôle citoyen. Ils ont senti le besoin d'une nouvelle stratégie pour une meilleure inclusion de tous.
Nous avons toujours souligné l'importance de la participation citoyenne, politique et démocratique, et de la participation aux élections pour ne pas dépendre des décisions des autres qui influent grandement sur notre vie personnelle et publique.

Historiquement, nos amis étaient plutôt favorables au Parti Socialiste, un parti de gauche alors que nos amis sont plutôt conservateurs, du fait sa tolérance ou respect de tous, dont les personnes d'origines étrangères. Puis nos amis ont été déçus, ils ont rejoint d'autre partis (multiples). En 2008, 50 de nos amis étaient candidats dans divers partis pour les élections municipales selon leurs convictions personnelles : 25 d'entre eux avaient été élus dans plusieurs villes.
De 2008 à 2014, ces 25 élus ont assumé leurs rôles municipaux mais ont vu que leurs positions n'évoluaient pas, que les postes à responsabilités majeures ne leur étaient pas attribués. Ils ont cherché une solution, toujours à l'intérieur du système républicain démocratique.

Ils ont décidé de créer des listes indépendantes aux élections de 2014 à Strasbourg, Bischwiller, Nantua et Farabersviller ; c'était des listes mixtes hommes-femmes, d'origines diverses. Ils ont fait campagne avec l'idée de créer une alternative politique inclusive de tous, et ils ont obtenu 2.5 pour cent (%) des suffrages à Strasbourg, 22.5% à Farabersviller, 6.5% à Bischwiller, et 25% à Nantua.

Malheureusement environ 15 à 20 millions de citoyens d'une grande diversité socio-culturelle ne peuvent pas apporter de souffle citoyen ou s'inclure de manière active dans le système politique. C'est dans le but d'intégrer politiquement ces citoyens que ces personnes ont fondé le PEJ.

En mars 2015, le PEJ a participé aux élections cantonales, principalement dans l'Est de la France. Puis en 2017, il a pris pris place aux élections législatives dans 28 villes avec 52 candidats.


AN : Revenons-en au Cojep, votre association. Vous déplorez une tendance forte à l'extrémisme en Europe, un renforcement des préjugés vis-à-vis de l'Islam, n'est-ce pas ?

AG : Malheureusement, la tendance en Europe ne peut pas être jugée comme positive, l'islamophobie est en train de se renforcer voire d'être légitimée dans certains pays européens. La fermeture de mosquées et l'expulsion d'imams (pacifiques) en Autriche n'est qu'un exemple ; de nombreuses mosquées sont fermées en Europe chaque année. Si les personnes sèment la haine, il faut sans aucun doute les punir, mais quelles sont les bases des chasses à la sorcière musulmane en Europe ?
Tout de l'Islam est débattu en France et en Europe comme si c'était un mouvement nocif voire terroriste alors que l'Islam dans son écrasante majorité est pacifique. Les préjugés continuent d'être utilisés comme outils de campagnes politiques sans conscience des dangers que cela représente pour la cohésion nationale ou pour la sécurité des musulmans.

Au lieu de servir leurs pays, les politiciens font une démagogie très dangereuse et exclusive voire violente vis-à-vis des personnes musulmanes.
C'est ensemble que nous avons construit l'Europe, avec les musulmans immigrés, c'est notre Europe à nous tous, gardons la vivante et harmonieuse dans sa diversité, dans le respect égalitaire de tout un chacun.


AN : Voudriez-vous ajouter quelque chose avant de clôturer notre discussion ?

AG : Certains media ont une tactique consciente de choisir une cible : Ali Gedikoglu et le Cojep, puis de nous coller une étiquette "pro-Erdogan", "pion d'Erdogan" puis s'ensuit une campagne de dénigrement, de diffamation à notre égard. Un article est publié en agence puis les journaux le publient sans le questionner, tel quel : ce n'est pas du journalisme éthique, du journalisme d'investigation ; de plus, cela a l'effet de mettre en opposition des groupes de personnes alors que nous œuvrons jour et nuit à la cohésion de tous les citoyens français.

Des partis politiques français tels que le PCF, les Verts soutiennent ouvertement le HDP et même le PKK [groupe reconnu comme terroriste par la France et l'Union Européenne] et pourquoi les journaux ne questionnent pas ces relations ? Je ne dis pas qu'ils doivent faire cette investigation ou ne pas la faire, je dis : vous parlez de nous en tant que "pions de Erdogan" mais vous n'observez pas ces faits. Nous constatons une fois de plus deux poids deux mesures dans l'attitude de certains journaux et journalistes. Nous devons nous tenir ensemble face à toutes les injustices avec un esprit de solidarité et un objectif de cohésion, d'amitié, et non de division et de marginalisation de certains.

 

AN : Quelle est votre position vis-à-vis du Front National ?

AG : Le FN est légal. Idéologiquement, nous sommes opposés à toute forme de haine ou d'exclusion (christianophobie, antisémistime, islamophobie et toutes formes de racisme), mais nous ne voyons pas les partisans et sympathisants du FN comme des ennemis mais comme des personnes à convaincre de manière démocratique.

 

AN : Récemment, après la parution de la Une du magazine "Le Point" titrant "Erdogan le Dictateur", certains jeunes franco-turcs ont exercé des pressions parfois accompagnées de violences psychologiques et verbales envers les propriétaires ou employés de certains kiosques. Que pensez-vous de cela ?

AG : La violence est toujours exclue de nos actions et je condamne l'attitude de certains jeunes franco-turcs envers les personnes gérant des kiosques à journaux.

Ces jeunes peuvent tout à fait adopter des stratégies non violentes comme faire un sit-in par exemple, mais aucune pression physique ou morale ne doit être exercée sur quiconque. Cela est intolérable et aussi bien ma personne que le Cojep, dénonçons clairement ce genre d'attitude exécrable. Aucun de ces jeunes n'a de rapport avec le Cojep, je tiens à le souligner.
Par ailleurs, si nous adoptions ce genre d'attitude, nous répondrions par une injustice à l'injustice du magazine "Le Point", et toute injustice doit être condamnée et combattue de manière responsable et pacifique, et cela ne peut pas connaître d'exceptions. Le Cojep, en 34 ans d'existence s'est toujours tenu face aux injustices et l'a toujours fait de manière décente, pacifique et avec l'inéluctable objectif de l'inclusion et du respect de tous.

 

AN : Merci Ali Gedikoglu, président fondateur du COJEP pour nous avoir accordé votre temps.

AG : Merci pour vos questions qui nous ont permis de clarifier certaines choses si elles n'étaient pas claires auparavant.

 

Entretien effectué par Ümit Dönmez pour actualite-news.com

 


 

 

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10 décembre 2018

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