Les camps de détention de la province ouïghour pourraient constituer la plus grande incarcération de masse depuis l’Holocauste

Les camps de détention de la province ouïghoure pourraient constituer la plus grande incarcération de masse depuis l’Holocauste

actualite-news.com/fr vous propose une traduction de l'article en anglais  publié par «New Statesman America» et intitulé "China’s Uyghur detention camps may be the largest mass incarceration since the Holocaust". Ceci est une traduction fidèle de l'article original, elle ne reflète pas le point de vue éditorial de notre site Web d'actualité.

 

Les camps de détention de la province ouïghoure pourraient constituer la plus grande incarcération de masse depuis l’Holocauste

 

Peter Apps

 

New Statesman America

 

21 mars 2019

 

Et ce ne sont ni des nouvelles à la Une ni un élément majeur du dialogue diplomatique ou politique.

 

Au cours des dernières années, un réseau d’énormes camps de détention a vu le jour dans la province isolée du Xinjiang, dans nord de la Chine. Selon le département d'Etat américain, les Nations Unies et d'autres chercheurs et activistes, ils pourraient détenir au moins un million de Ouïghours, une minorité musulmane pour laquelle Pékin semble de plus en plus déterminée à la dépouiller de sa liberté et de son identité.

C’est presque certainement la plus grande incarcération de masse d’un groupe racial ou religieux depuis l’Holocauste. Et ce ne sont ni des nouvelles à la Une ni un élément majeur du dialogue diplomatique ou politique.

À de nombreux égards, cela témoigne de l’efficacité sans faille de la démarche de la Chine. Le pays a remarquablement bien réussi à utiliser son poids économique pour minimiser les critiques internationales, tout en limitant l'accès extérieur et étranger au Xinjiang et en empêchant de savoir réellement ce qui se passe. Les experts et les activistes s'accordent toutefois pour dire que la situation des Ouïghours se détériore rapidement.

Les puissances étrangères - y compris la Grande-Bretagne - doivent faire face à une foule de défis pour lesquels elles ont besoin de la Chine, ce qui les laisse naturellement réticentes à soulever des questions épineuses comme les Ouïghours, le Tibet ou d'autres violations des droits de l'homme. Certains signes précoces indiquent que cela est en train de changer - mais pas assez vite ou assez loin.

Ce qui arrive aux Ouïghours pourrait créer un épouvantable précédent pour l’ère à venir. Déjà, la technologie de pointe de Pékin et son influence diplomatique - qui ne se gêne pas sur son utilisation - signifient que les Ouïghours de Chine subissent des pressions comme aucune population auparavant dans l’histoire de l’humanité. Dans le Xinjiang, des réseaux de caméras avec logiciel de reconnaissance faciale signifient que tout le monde est sous surveillance permanente de l'État.

Toute manifestation d'un comportement qualifié de «étranger» ou d'islamique - tel que porter une barbe ou prier publiquement - peut entraîner un emprisonnement immédiat. Les amis et les parents d'activistes ou de journalistes ouïghours à l'étranger, comme ceux de Radio Free Asia, financée par les États-Unis, sont souvent arrêtés par douzaine. Des gouvernements étrangers - y compris des États musulmans tels que l'Egypte, la Malaisie et le Pakistan - ont été poussés à renvoyer des étudiants ouïghours en Chine, où certains ne sont jamais revus.

Plus tôt ce mois-ci, la Grande-Bretagne et la Turquie étaient les deux seuls pays à s’être prononcés sur la persécution des Ouïghours par la Chine au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies. Les ministres ont également évoqué la question avec leurs homologues chinois, notamment lors de visites à Beijing. Néanmoins, le sujet est remarquablement absent de la plupart des discours et commentaires officiels, y compris du voyage du secrétaire aux Affaires étrangères Jeremy Hunt en juillet 2018 en Chine.

S'attendre peut-être à ce qu'un gouvernement conservateur axé sur les entreprises et obsédé par le Brexit donne la priorité à la question ouïghoure aurait toujours été trop optimiste. Mais cela ne semble pas non plus avoir été sérieusement envisagé par le Parti travailliste jusqu’au début de cette année, lorsque la déléguée aux Affaires étrangères de l'opposition, Emily Thornberry, s’est adressée à des groupes militants ouïghours et autres, basés à Londres. «Nous devons sensibiliser le public à cela maintenant et préciser que cela ne peut pas continuer», a-t-elle déclaré.

Comparés aux autres minorités chinoises, telles que les bouddhistes et les chrétiens tibétains, les Ouïghours musulmans ont relativement peu d’amis dans le monde extérieur. À l’exception de la Turquie, même la plupart des pays du Moyen-Orient les ont abandonnés sous la pression de Beijing. La Chine estime que de telles mesures sont nécessaires pour empêcher la propagation du militantisme islamiste.

Un petit nombre d'Ouïghours chinois ont rejoint des groupes tels que l'État islamique, et ont mené une poignée d'attaques au couteau et d'autres attentats en Chine. Mais la portée de la répression reste sans commune mesure avec la menace, suscitant une condamnation croissante - même si elle est encore trop limitée - de la part de la communauté internationale.

Cette semaine, un consortium de groupes de défense des droits humains, comprenant Amnesty International et Human Rights Watch, a notamment appelé les gouvernements européens à intensifier leurs critiques à l'égard de la Chine. La semaine dernière, les États-Unis ont formulé leurs commentaires les plus agressifs sur le sujet, critiquant ainsi Pékin dans son rapport annuel sur les droits de l'homme.

Outre les critiques répétées et publiques, les réponses potentielles pourraient inclure des sanctions pour des fonctionnaires chinois liés à la répression, ainsi que des restrictions sur la vente d'équipements de surveillance.

Le nombre de personnes qui meurent dans les camps est loin d’être clair - bien que des dizaines, voire des centaines d’Ouïghours aient déclaré avoir été informés de la mort de leurs proches. À d'autres occasions, les disparus de longue date se sont révélés vivants.

C’est une raison majeure pour laquelle une observation externe minutieuse est si vitale. Si ceux au pouvoir à Beijing estiment pouvoir poursuivre la répression en toute impunité, ils agiront en conséquence - dans le pire des cas, ils ouvriront la porte au génocide.

Parler des Ouïghours compliquera incontestablement les relations avec la Chine, tout comme les grandes puissances mondiales ont désespérément besoin de travailler ensemble. Les leçons claires de l'histoire, cependant, sont que ne pas le faire pourrait s'avérer encore plus dangereux.

 

 

Peter Apps est le directeur exécutif du projet pour l'étude du 21ème siècle et commentateur des affaires mondiales pour Reuters.

 

Traduit de l'anglais par Ümit Dönmez

 

Photographie : Archive

 

 


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