RDC: "A Beni, on fait face au terrorisme !"

Le président d'une ONG congolaise a tiré la sonnette d'alarme après les récentes revendications "inédites" du groupe armé ADF, transmises par des otages récemment relâchés.

 

A/ Kinshasa/ Beni/ Pascal Mulegwa/ Fiston Mahamba Larousse - "On voudrait dire à la communauté internationale que ce qu'on vit à Béni, c'est bien du terrorisme !", a alerté Omar Kavota, directeur du Centre d'étude pour la promotion de la paix, la démocratie et les droits de l'homme (CEPADHO), une ONG basée à Béni, dans l'Est de la République Démocratique du Congo (RDC).

Kavota commentait, dans une déclaration à Anadolu, les récentes revendications du groupe armé d'origine ougandaise des Forces démocratiques alliées (ADF). Elles ont été qualifiées d' "inédites" dans la mesure où elles ont été transmises par des otages récemment relâchés par ce groupe armé connu pour son mutisme.

"C'est un terrorisme discret qui est exercé contre les civils depuis plusieurs années, à Béni. Il commence, toutefois, depuis deux ans et avec les récentes prises d'otages, à porter des revendications (..). Il faudrait que toute la communauté internationale soit solidaire de la RDC pour en découdre avec cette menace contre la paix et la sécurité dans la région", a poursuivi Kavota.

Chargés par la rébellion ougandaise de transmettre "un message" aux autorités congolaises, 13 anciens otages, récemment relâchés par les rebelles, ont déclaré que ceux-ci revendiquent le contrôle d'une partie du territoire de Béni.

Présentés à la presse par l'armée, les ex-otages ont ajouté que les ADF demandent à l'armée congolaise de reconnaître le contrôle qu'ils exercent sur cette partie du territoire. Ce contrôle devra leur permettre, ultérieurement, d'accomplir "leur plan" à savoir "la conquête du pouvoir en Ouganda".

Les ADF ont, enfin, ajouté que la traque militaire dont ils font l'objet depuis des mois a bénéficié d'une aide importante de la population locale. C'est cette raison qui explique les incursions meurtrières contre les civils dans plusieurs localités du territoire de Béni.

"Tant que l'armée congolaise et la Monusco [Mission onusienne] continuent à mener des attaques contre nos positions, nous continuerons à mener des représailles contre les civils", ont-il également déclaré, d'après les propos rapportés par les otages libérés dimanche dernier, sous la pression de la campagne militaire, précisent des officiers congolais.

Pour Omar Kavota, les ADF "veulent, à travers cette annonce, attirer l'attention du monde sur le fait qu'ils sont en train de défendre une cause juste, de mener une guerre sainte", alors que les motivations extrémistes de ces rebelles ougandais ont été confirmées par les otages libérés.

La présence dans cette partie du territoire de Kenyans, de Somaliens, de Soudanais, de Congolais, de Burundais, d'Ougandais ou de Rwandais, unis par l'idéologie radicale, doit être perçue comme "une menace régionale" a ajouté le directeur du CEPADHO.

D'après ce juriste congolais dont l'organisation recense régulièrement les violences ethniques ou terroristes dans l'Est de la RDC, cette communication "ne peut s'expliquer que par la pression militaire exercée par l'armée congolaise et la brigade de l'ONU" engagées depuis le mois de mai dernier dans une opération militaire, Usalama, contre le groupe armé ougandais, 

D'autre part, Kavota précise que les ADF sont dans "une logique de négociation". Au même moment qu'ils disent ne pas être intéressés par la RDC, mais par l'Ouganda, ils menacent de poursuivre les exactions contre les populations civiles tant qu'elles collaborent avec l'armée.

Fuyant, il y a deux décennies, le régime ougandais vers l'Est de la RDC, les ADF s'intègrent dans la communauté locale et se livrent à des opérations de trafic juteux de bois, de café, de cacao et de minerais. Un "commerce" qui a profité, également, à la population civile où sévissait un fort taux de chômage. De jeunes recrues congolais, particulièrement de l'ethnie Nande, ont ensuite volontairement rejoint le groupe armé, à la faveur notamment d'une proximité culturelle avec les Bakonzo, dont étaient issus beaucoup d'ADF.

Plus de 1200 civils ont été, néanmoins, massacrés aux quatre coins de Beni, l'un des six territoires quadrillant la région du Nord-Kivu, durant les deux dernières années, où leurs activités néfastes ont connu un pic spectaculaire, d'après le capitaine Mak Hazukay Mongba, porte-parole de l'armée congolaise dans la région.

Avec un effectif estimé à des centaines de combattants, les rebelles ougandais ont réorienté, peu à peu, leurs actions contre les civils alors qu'ils s'attaquaient, jusque-là, prioritairement aux militaires. Le détournement de l'attention de l'armée loin des "routes du trafic" et des camps d'entraînement, pourraient figurer parmi les raisons explicatives, d'après des observateurs.

Pour Kavota, il y a à espérer que le régime congolais n'accède pas aux revendications des terroristes, même de façon informelle en atténuant, par exemple, l'intensité de ses frappes. "Le cas échéant, la RDC sera pour l'Ouganda, ce que le Rwanda est pour le Burundi, actuellement: un pays qui tente de déstabiliser son voisin en soutenant des rébellions", alors que le Rwanda a toujours rejeté ces accusations.

A ce titre, le ministre sortant de la Défense nationale (un nouveau premier ministre a été nommé le 17 novembre), Crispin Atama Tabe, se veut rassurant. Dans une déclaration à Anadolu, il a assuré qu'il n'est "pas question de céder une quelconque partie de Béni aux terroristes, aucun centimètre ne leur sera cédé."

Même si des dizaines de rebellions, dont certaines d'origines étrangères, sont actives dans l'Est du pays, le ministre a assène que "la RDC n'est pas une base arrière des rébellions étrangères. L'armée est engagée à rétablir l'autorité de l'Etat en neutralisant ces terroristes."

Le capitaine Mak Hazukay Mongba, porte-parole de l'armée congolaise dans la région de Beni-Lubero, a rappelé dans une déclaration à Anadolu "la détermination" des troupes congolaises en assurant du maintien de la coopération militaire avec l'Ouganda voisin.

Cette coopération, réaffirmée lors de la rencontre entre les présidents congolais et ougandais, Joseph Kabila et Yoweri Museveni, en août dernier, concerne particulièrement le renseignement militaire. Elle résulte, en outre, d'une "nécessité" selon l'officier congolais, la RDC  étant un "passage obligé des ADF pour atteindre l'Ouganda" et les deux pays partagent des centaines de kilomètres de frontières.

 

 

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