Est de la RDC: Ils illuminent les esprits le matin et cultivent la terre l'après-midi

Débutants et peu nantis, des enseignants congolais manient passionnément la craie avant de passer à la houe.

 

AA/ Kinshasa/ Joseph Tsongo - "La craie le matin, la houe l’après-midi", ce n’est ni le titre d’un livre, ni l’intitulé d’un long-métrage, mais plutôt l’expression d’un vécu, celui d’enseignants congolais vivant et évoluant dans l’est de la RDC. 

Dans cette région du pays, les activités scolaires ont repris progressivement depuis septembre dernier, avec le retour des paysans déplacés à cause des conflits minant l’Est congolais. Mais bien des difficultés demeurent de la partie.

Si les paysans, appauvris à la suite de pillages perpétrés par des groupes armés et violents, ne sont toujours pas en mesure de prendre en charge la scolarisation de leurs enfants, plusieurs enseignants du territoire de Rutshuru dans le Nord-Kivu sont incapables de joindre les deux bouts. Ils sont ainsi obligés de pratiquer deux métiers à la fois : cultiver l’homme et la terre.

Cartable à la main, houe sur l’épaule, Sosthène Sangalisa, diplômé en langue française et culture africaine, emprunte chaque matin la route vers l’école secondaire de Kahembe où il enseigne. « Je vais à l’école tôt le matin, puis, dès la fin des cours, je rejoins ma femme pour les travaux champêtres. C’est vraiment indispensable pour arrondir les fins des mois. C'est vrai que le métier d'enseignant ne rapporte pas grand-chose, mais j'y tiens à coeur, fort en cela de la mission qui m'est confiée: illuminer les esprits et libérer les hommes des jougs de l'ignorance», dit-il.

Sangalisa n’est pour autant pas le seul enseignant à pratiquer deux métiers à la fois, pour gagner sa vie. Ngurunziza Uwimana, professeur de latin et de philosophie à l’institut « La source » évoque lui aussi un quotidien non moins difficile: « J’ai récolté 3 sacs de haricots pendant la saison culturale. J’en ai vendu 2 pour 80 dollars américains et j’ai gardé le troisième comme semence pour la saison prochaine ».

L'homme et sa famille consomment les vivres reçus des parents, en compensation de la prime : « Du soja, des pommes de terre, des poules et des bananes me sont offerts, mais ces vivres ne couvrent pas tous nos besoins», affirme-t-il. Malgré la modestie des offrandes, il se dit fier de son métier qui consiste à former les jeunes générations pour "un avenir radieux pour le Congo et les Congolais". 

Soucieux de la condition de leurs élèves, ces enseignants et d'autres collègues à eux s'accordent à dire que les activités agricoles et l’élevage faisaient autrefois vivre les villageois. Ce n’est toutefois pas le cas aujourd’hui, en raison de la montée en flèche du coût de la vie qui affecte et la condition des élèves et celle des enseignants, selon Laurent Kapitula, préfet de l’institut Nyongera qui s’est exprimé à Anadolu.

Depuis l’institution d’une mesure obligeant les parents à prendre en charge les enseignants, les professeurs qualifiés ont choisi de s’installer dans les grandes villes. Ces mouvements migratoires ont influé sur les écoles de la campagne.

Jules Kahereniya, ancien enseignant à l’institut Buturande, se dit plutôt satisfait de son nouveau poste à l’institut Visoke de Goma. « Ici, les parents payent régulièrement. Je touche près de 200 USD par mois, rien à voir avec les primes accordées à la campagne et qui ne dépassent guère les 10 USD par mois, souvent perçus en nature. Le nombre d’élèves ne cessait de diminuer aussi, à peine vingt par classe et les parents étaient souvent obligés de soustraire leurs enfants pour les faire travailler dans les champs», témoigne l’enseignant.

Pour combler le vide provoqué par la migration des enseignants vers les grandes métropoles, la plupart des écoles secondaires du territoire de Rutshuru font souvent appel à des élèves en classe terminale du cycle secondaire. « À chaque rentrée scolaire, nous sommes confrontés à un manque de professeurs qualifiés. Nous n’avons d’autres choix que le recours aux services des seniors du cycle secondaire», admet Mbona Aloys, préfet de l’institut technique agricole et vétérinaire de Kanaba. Il n'y a pas de statistiques officielles à ce sujet.

La qualité de l’enseignement s’en ressent et le niveau d’études est, par conséquent, en deçà de la moyenne nationale. Selon l’inspecteur de l’enseignement primaire, secondaire et professionnel en territoire de Rutshuru, rares sont les finalistes qui obtiennent de bonnes notes aux examens nationaux. Même constat pour les responsables des institutions d’enseignement supérieur : « les étudiants qui viennent de ces écoles ont toujours du mal à progresser. Vu leur niveau très bas, il leur faut plusieurs sessions pour se mettre à niveau», témoigne Jean Marie Banzira, appariteur de l’université communautaire du Kivu, UCK.

Une lueur d'espoir n'est pour autant pas à négliger selon lui: ces enseignants qui, dans les tranchées, donnent du coeur à l'ouvrage, bien que débutants et peu nantis.

 

République démocratique du Congo

 


 

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