Pétrole: L’autosuffisance est possible en Afrique de l’Ouest

Cinq pays importent du pétrole alors que leur sous-sol en regorge, l'ONG suisse "Public Eye" a, en outre, rapporté que des carburants exportés en Afrique avaient une teneur en soufre 300 fois plus élevée que celle autorisée en Europe.

 

AA/ Tunis/ Bamako/ Abidjan (Côte d'Ivoire)/ Cotonou (Bénin)/ Dakar- Mohamed Abdellaoui avec la contribution de Moussa Bolly-Fulbert Yao- Serge David Zouémé- Alioune Badara

  Sur les huit pays concernés par l’enquête de l’ONG suisse «Public Eye» sur les carburants toxiques exportés par des négoces suisses en Afrique, cinq relèvent de la région ouest-africaine, il s'agit du Bénin, de la Côte d’Ivoire, du Mali, du Sénégal et du Ghana.

 Tout comme le Congo et l’Angola en Afrique centrale ainsi que la Zambie en Afrique australe, ces pays importent des hydrocarbures venus d’outre-mer et se trouvent parfois en proie à des trafics transfrontaliers, bien que certains d’entre eux produisent déjà du pétrole et l’Afrique de l’Ouest compte d’importantes régions pétrolifères.

  Principaux pays producteurs et état des lieux de l’exploration dans certains pays de la côte ouest du continent:

  Au Bénin, qui importe ses besoins en hydrocarbures des Pays-Bas, de l’Espagne, des Emirats Arabes Unis, du Royaume-Uni, du Brésil et des Etats-Unis entre autres, la production avait pourtant commencé en 1982 dans le champ pétrolier côtier de Sème, atteignant rapidement 8 000 barils/jour avant de décliner à 1900 b/j en 1996, selon une étude du Groupe international de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (GRIP). Malgré la découverte en octobre 2013 d’un gisement évalué à 87 millions de barils au large des côtes de Sème, le pays continue d’importer une grande partie de ses besoins en pétrole.

  En Côte d’Ivoire, où la production a atteint 10,7 millions de barils vers la fin de décembre 2015, soit 29 411 barils par jour, selon la Banque panafricaine Ecobank, 76% des importations proviennent du Nigéria pour couvrir les 75 000 barils par jour dont a besoin le pays.  Pourtant, les travaux d’exploration ont démarré dans les années 1960, dans la région côtière d’Eboïnda. La production a, cependant, débuté au milieu des années 1990 et des gisements à fort potentiel ont été découverts dans le bassin offshore Tano, situé au large du pays, en eau très profonde, à 5000m de fond.

  Au Ghana, l’autre pays concerné par l’enquête de l’ONG suisse, le pétrole est devenu,  en 2012, le deuxième produit d’exportation du pays, après l’or. Le Ghana possède d’ailleurs plusieurs bassins offshores explorés depuis la fin des années 1970. Ce n’est qu’après la découverte du bassin du Jubilee en 2007 par une compagnie américaine que la production de pétrole s’est intensifiée passant de 8 000 b/j en 2010 à près de 80 000 b/j en 2012. Les réserves avérées de ce site sont estimées à 660 millions de barils.

La production ghanéenne concerne jusque-là uniquement le site Jubilee. D’autres gisements largement prometteurs ne sont toujours pas mis en chantier, selon Grip.

  Au Mali, les importations de produits pétroliers ont atteint 1,056 million de Tonnes métriques (TM) en 2015, soit une hausse de 8% par rapport à 2014, selon l'Office national des produits pétroliers (ONAP). Ces importations proviennent essentiellement du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, du Togo, du Bénin, du Ghana et du Niger, d’après la même source. Une compagnie italienne a, cependant, confirmé, en janvier 2013, le succès de son forage exploratoire dans le bloc offshore Cape Three Points. Elle a estimé que le potentiel global de la découverte était d'environ 450 millions de barils de pétrole, s’ajoutant aux 660 millions de réserves déjà prouvées.

  Plusieurs autres sociétés s’intéressent au potentiel pétrolier malien, dont l’algérienne Sonatrach qui agit particulièrement dans le bassin de Taoudeni50. D’autres explorations sont également en cours dans les bassins de Graben, de Gao, des Ullimiden, du Tamesma et de la Fosse de Nara 5, toujours selon le groupe de recherche Grip.

  Au Sénégal où les besoins s'élèvent à «1,8 million de tonnes par an », la totalité du pétrole brut importé provient du Nigeria, de la France, des Pays- Bas et de la Chine, selon l’agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd). Le pays n’est pas encore arrivé au stade de pays producteur, en dépit de l’annonce récente de découvertes importantes de pétrole. La firme britannique Cairn Energy avait confirmé une extension des réserves pétrolifères au large du Sénégal, notant le repérage d’une colonne de pétrole brut de 325 pieds d'épaisseur. Sur ce champ offshore, on table sur une réserve de 385 millions de barils. 

  Selon des rapports de presse, le Sénégal et la Mauritanie «pourraient devenir exportateurs d'énergie en 2020 rien qu'avec leurs gisements sous marin en pétrole et gaz naturel».

  Si l’on ajoute la Mauritanie devenue productrice de pétrole depuis 2006, avec 20 millions de barils en réserve avérée et le Niger qui figure parmi les États producteurs de pétrole depuis septembre 2011 avec quatre bassins sédimentaires couvrant 90 % du territoire national, il va sans dire que l’Afrique de l’Ouest peut atteindre l’autosuffisance en produits pétroliers.

  Un espoir qui peut-être nourri par l’état des lieux encourageant de l’exploration dans d’autre pays, comme la Guinée-Conakry, le Libéria ou encore le Togo.

Pourtant une récente enquête de L'ONG suisse "Public Eye" a révélé que des carburants exportés en Afrique de l'Ouest contenaient une teneur en soufre 300 fois plus élevée que ce qui est autorisé en Europe. D'où la grande polémique qui occupe toujours la "Une" des médias africains et internationaux.


 

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