Togo/Bénin: Le Barrage d'Adjarala peine à voir le jour

Le projet hydro électrique d'Adjarala, identifié par les experts comme une solution de choix pour pallier les pénuries électriques des deux pays, bute encore sur des problèmes d'ordre environnemental et social.

AA/Lomé/ Alphonse LOGO – Le Bénin et le Togo qui traînent un réel problème énergétique, ont trouvé la solution: Construire un barrage hydroélectrique à Adjarala sur le fleuve Mono - frontière naturelle entre les deux pays à son embouchure - dont les effets directs sur les populations locales seront très bénéfiques, assurent les économistes.

Six mois après la pose de la première pierre du projet par Boni Yayi (ex président du Bénin) et Faure Gnassingbé (président du Togo), le démarrage effectif des travaux n'a toujours pas eu lieu.

Ce projet qui consiste en la construction d’un barrage long de 800 m et d’une digue de 2900 m de longueur, sera équipé d’évacuateurs de débit maximal de 3 800 m3/s, selon ses promoteurs qui vantent les nombreux avantages du projet pour les populations béninoises et togolaises. 

Interrogé par Anadolu sur la date exacte de démarrage des travaux, Koffi Adadzi Efanam, Directeur Général de l'Agence Nationale de Gestion de l'Environnement au Togo a indiqué que celle-ci sera arrêtée uniquement lorsque le site sera dégagé de sa population, et les riverains relogés ou dédommagés.

Pourtant, les travaux ont tout intérêt à être entamés, estime Ayao Amouzou Kpéto, expert en énergie, contacté par Anadolu.

«Sur la base des critères économiques, socio-économiques, politiques et techniques, l’aménagement hydroélectrique d’Adjarala est le projet actuellement le plus robuste à même de répondre à la future demande en électricité des deux pays en forte croissance», a indiqué Kpéto. Pour appuyer son argument l'expert cite une étude commanditée auprès d'un bureau canadien en 2012 par la Communauté électrique du Bénin (CEB).  La CEB est en fait un organisme international de production et de transport d'énergie électrique au Togo et au Bénin co-administré par les deux pays et qui gère le projet.

"Ce projet permettra en effet, à terme, aussi bien au Togo qu’au Bénin de faire un grand pas pour atteindre leur indépendance énergétique et une plus grande autonomie en matière de production d’énergie", a ajouté Kpéto.

Le Bénin comme le Togo sont en effet confrontés à des pénuries énergétiques et importent encore plus de 85% de leur électricité auprès du Ghana et du Nigéria, selon une note de la CEB.

Le Bénin est confronté durant les heures de pointe à un besoin d'électricité de 400 MW alors qu'il ne dispose que d’environ 186 MW soit 53% de la disponibilité réelle en énergie électrique à la CEB.

De son côté le Togo un besoin de 250 à 300 MW aux heures de pointe contre une disponibilité de 165 MW. Il affiche un taux d'accès à l'électricité de 27,62%  marqué par une grande disparité entre les régions. Ce taux se situe entre 50 et 60% à Lomé, la capitale, alors qu'il ne dépasse pas les 5% en milieu rural, selon le ministère togolais des Mines et de l'Energie.

Autant de déficits qui peuvent être résolus par le barrage. 

Selon une note d’information du ministère togolais des Mines et de l’Energie, consulté par Anadolu ‘’le projet d’aménagement hydroélectrique d’Adjarala pour le Togo et le Bénin, permettra une production annuelle moyenne de 366 GWh, dont 237 GWh d’énergie garantie. La puissance totale installée (puissance maximale) sera de 147 MW dont 109 MW de puissance garantie’’, soit de quoi combler une large partie des besoins énergétiques des deux pays.

Djibril Salifou, directeur général de la Communauté électrique du Bénin (CEB) avait indiqué lors de la cérémonie de pose de la première pierre, que le projet d'Ajarala prévoit également "la mise en place d’un système d’irrigation sur environ 40 000 hectares ainsi que la promotion des activités de pêche et d'agriculture".

Un plan de gestion environnemental et social ainsi qu’un plan de réinstallation des populations qui seront affectées, ont également été élaborés, avait encore déclaré Salifou.

Le coût total de réalisation évalué à 500 millions de dollars US sera assuré par un prêt octroyé par la Chine. L’ouvrage sera réalisé par la compagnie chinoise Sino-hydro et les travaux devront durer environ quatre ans, selon la même source.

Si les retombées positives de ce projet ne font plus de doute, ses impacts environnementaux suscitent toutefois quelques réticences et critiques.

"L’exécution de ce projet aura des incidences négatives potentielles sur la biodiversité du fleuve Mono’’, selon un rapport de l’étude d’impact environnemental rendu public, en juillet 2014 à Lomé, par l’Agence Nationale de Gestion de l’Environnement du Togo (ANGE) en collaboration avec l’Agence Béninoise de l’Environnement (ABE).  

Le rapport évoque entre autres effets négatifs la perturbation de l'écosystème du fleuve. Il cite également une dégradation de la qualité de l’eau, une fois le barrage fonctionnel, expliquant que "Les hélices des turbines en tournant pour produire l’énergie rejetteront dans l’eau du fleuve des particules indésirables. Les terres agricoles avoisinantes risquent alors d'être inondées par les eaux polluées et les habitants pourraient même être déplacés".

Koffi Adadji indique, dans ce cadre, que "Des mesures ont déjà été prises pour dédommager des riverains déplacés ou ayant fait l'objet d'une expropriation", estimant le coût total de ces risques dans les deux pays à quelques 36 milliards de Fcfa (61 millions de dollars américains).

Certains ont choisi d'être relogés alors que d'autres ont préféré recevoir de l’argent, d’autres ont acceptés des terrains proposés par les Etats, a-t-il indiqué, ajoutant que les procédures se poursuivaient encore sans toutefois préciser combien de ménages sur les 3000 (dont 1800 au Togo et 1200 au Bénin) recensés comme directement touchés par le projet, ont été dédommagés et combien attendent encore de l'être.  



 

 

 

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