Andrzej Stasiuk - Fado

Faire un résumé de ce livre, c'est trahir son existence. Mais disons que de ses souvenirs de voyages à travers ''L'autre Europe'', c'est un monde en déperdition et en devenir, que Stasiuk nous conte.

Couverture Stasiuk   Fado

   

Il roule vers la solitude de l'Est, dans une sorte de road-trip, sur une partie du continent où se côtoient les paradoxes ; villages immatériels de Tsiganes, culture des grandes villes où la frénésie de consommation accélère à toute vitesse, chiens errants qui traversent les frontières sans connaître les barbelés. Comment à l'Ouest, cohabiter avec cette europe encore mise de côté ? Une question d'identité et d'appartenance, au cœur des problématiques actuelles, entre deux mondes qui parfois se croisent mais qui jamais n'évoluent de façon simultanée. Ses introspections nous laissent avec un point d'interrogation concernant notre propre avenir. Illustrant une fresque slave, Stasiuk lutte à sa manière face à l'uniformité du monde qui ne cesse de grandir. Avec un rapport inédit au temps et à la mémoire.

Avis : Voilà un type qui n'arrive pas à se détacher de son Europe, sa patrie, qu'il traverse de part et d'autre sans jamais se lasser, comme un moyen de garder intact le souvenir de ces contrées qui commencent à se transformer. Réflexions face au passé et à l'avenir, mémoire des lieux, aventures personnelles, mais aussi collection de monnaie, de cartes routières, de tampons

de passeport, de tout ce bric à brac de la matière qui se colle à la forme de ses rêves, son obssession.

Dans un rapport franc à l'écriture, son langage est emprunt de poésie, de réalisme et de philosophie. A la fois brut dans son approche du réel comme dans son travail, la douceur liée à la nostalgie, un certain laisser-aller à l'abandon et la douleur qui le précède, sont autant d'éléments qui rendent les pertes plus supportables. Quelque chose nous manque pour enfermer ses textes dans un genre précis. Son style ressemble à une géométrie de l'espace. Une équation de la beauté.

Pour lui « chaque livre est une défaite, car il ne peut pas décrire ou nommer le monde tel que nous le souhaiterions ». Un sentiment similaire s'empare de nous lorsque nous tentons de superposer à son œuvre, une trace que son âme à laissée dans notre souvenir.

Note : 4,5/5

Extrait : « Le meilleur dans un pays étranger, c'est la nuit. On quitte une région au crépuscule, parce qu'elle s'est révélée désespérément ennuyeuse, et on file, disons, droit vers le sud. L'obscurité qui tombe sur les plaines recouvre leur tristesse et, à dix heures du soir, on roule déjà dans un espace noir et limpide. On peut s'imaginer tout un tas de choses, essayer de deviner les contours du paysage invisible, les champs, les vergers, les villes de pierre blanche, les églises et les places qui se reposent de la chaleur du jour, on peut tenter de s'arranger avec l'abondance perverse de la matière, le sans-gêne pornographique de l'histoire qui se vautre ventre en l'air après chaque virage, après chaque côte, mais en fin de compte, c'est peine perdue, parce qu'on est seul avec l'espace qui est la plus ancienne de toutes les choses ».

Stasiuk Photo portrait

A propos de l'auteur : Andrzej Stasiuk est un écrivain, poète, essayiste, journaliste et éditeur polonais. Il naît en 1960, à Varsovie. Ses écrits ont pour principaux thèmes les voyages et l'Europe centrale, descriptions et réflexions sur cette partie du monde, et son rôle dans l'histoire. Depuis de nombreuses années, il vit dans les Carpates.

Citations : « L'Europe devrait être plus grecque. La prospérité et la tranquillité la tuent. Autrefois elle existait, car elle savait prendre des risques, partir en mer pour faire fortune. Aujourd'hui elle ne fait qu'amasser et craindre des pertes ».

« Cette ''polonitude'' doit certainement être une forme de sentiment de supériorité. Ne pensez-vous pas ? Oui, un sentiment de supériorité. Bien-sûr non justifié. Mais tout de même ».

« Sans dangers, sans soucis, la Pologne est moins vivante et un peu plus inexistante. Quand, en revanche un nationalisme se pointe à ses portes, elle va tout de suite mieux, elle retrouve des couleurs et reprend toute sa vigueur. Alors longue vie au nationalisme allemand ! ».

 

 

Lien Source: http://www.voxeurop.eu/de/node/1311971

 

 


 


 

Mots-clés: stasiuk, livre, fado, Pologne, littérature

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