RDC: La banane in vitro, bon plan ou plante à risques?

Publié par Nadia Al Chahed le . Publié dans Culture & Science

Agronome-Enseignant à l'université de Lubumbashi (Sud), Mazinga s'est mis depuis 2008 à produire des plantules de bananes in vitro, une option qui permet, selon lui, "d'augmenter la production locale et d'améliorer la qualité".

AA/Kinshasa/ Didier Makal – Michel Mazinga Kwey, agronome-enseignant à l'Université de Lubumbashi (sud de la RDC) est un nom qui fait parler de lui dans sa province, le Katanga, et dans d'autres villes voisines: Il est "celui qui cultive des bananiers in vitro".

Une technique qui permet selon lui, d'augmenter  et d'améliorer la production en multipliant les plantules (jeunes plantes germées) d'autant plus qu'il est difficile, pour les grandes superficies, de se procurer le nombre nécessaire de plantes. Une telle alternative permettra, également, à cette province de réduire sa dépendance vis à vis de l'Afrique australe d'où elle continue à importer d'importantes quantités de bananes et d'autres aliments comme la farine de maïs, relève encore Mazinga.

Avoir une récolte homogène est un autre avantage de la culture in vitro, explique le spécialiste à Anadolu, ajoutant que cette méthode permet d’avoir des plantes de même origine et qui seront productives au même moment. Fait qui avantage l’agriculteur, précise-t-il.

Cette culture permet aussi d'avoir des plantes de meilleure qualité et sans la moindre anomalie, étant donné que "les plantules issus du laboratoire sont bien surveillés et bien nourris" , indique Mazinga.

Fermement convaincu que la culture in vitro offre une alternative de choix pour résoudre la carence en plantules et permettre la régénérescence de plusieurs autres espèces agricoles, Michel Mazinga Kwey a fait le choix  de s'y spécialiser depuis 2008. Il y a, notamment, consacré sa thèse de doctorat et a, depuis, participé à plusieurs stages de perfectionnement en Belgique.

Aujourd'hui il travaille aussi bien avec des agriculteurs locaux qu'avec des laboratoires sud-africains qui sollicitent son savoir faire en la matière.

Dans  sa province, le Katanga, il est perçu comme une référence dans ce domaine. Il est d'ailleurs le seul qui pratique cette technique.

La culture in vitro a permis, à ce jour, d’offrir des milliers de jeunes plantes à trois grands producteurs de bananes à Lubumbashi, indique-t-il, sans préciser le nombre exact de ces plantes. Les chiffres étant indisponibles, explique-t-il ajoutant que "la production se fait à la demande des agriculteurs".

Revenant sur le procédé technique de la culture in vitro, il rappelle que "les plantes ont une capacité de se reproduire à partir d’une cellule, ou d’une feuille".

"Une feuille ou une tige de bananier suffit pour amorcer la reproduction de nouvelles plantes",  explique-t-il.

La procédure de la culture in vitro comporte trois étapes, précise-t-il: D’abord l’initiation qui consiste à mettre la cellule de l’espèce de bananier voulu, en laboratoire. Ce dernier étant conçu selon des normes bien déterminées et de manière à reproduire le milieu naturel favorable à la croissance de la plante aussi bien en termes de lumière que d'eau et de nutriments. Cette étape dure 45 jours, période nécessaire pour l'apparition de bourgeons.

À cette première étape succède celle de l'observation par le chercheur des éléments obtenus afin de décider, selon le cas, de prolonger ou non la période d'incubation en laboratoire afin d'obtenir au final aussi bien des feuilles que des tiges, explique le spécialiste.

La dernière étape est celle de la plantation des bananiers dans les champ. "Un procédé qui ne pose aucun problème mais qui doit s'accompagner de certaines précaution afin de permettre à la plante cultivée en  laboratoire de s’acclimater à son nouvel environnement", relève Mazinga.

Interrogé sur les aspects éthiques et éventuels effets secondaires sur la santé d'une telle culture, le professeur affirme que la culture in vitro, technique qu'il assimile à un clonage, ne pose aucun problème d'ordre éthique ou sanitaire. 

Pour Alexis Mbumb, coordonnateur de l’Association des agriculteurs sans frontières, cette pratique est "utile dans cette région où les fermiers se trouvent très souvent obligés d’aller importer des plantules en Afrique australe".

Mbumb estime, en outre que cette technique est conforme à l’éthique, soulignant "lorsqu’on procède à des manipulations génétiques pour réduire le temps de croissance et de production de la banane, là, nous décourageons les agriculteurs. Mais la pratique de l’Université de Lubumbashi reste bio et ne transforme nullement l'espèce. La durée de production d’une banane reste la même que pour la plante de départ".

Les responsables académiques de la faculté d'agronomie de Lubumbashi, qui fête cette années ses vingt ans, comptent promouvoir cette technique en vue d’augmenter la production d’autres plantes alimentaires dans la région. Déjà pour le maïs, la faculté a offert une espèce améliorée qui produit des épis chargés de plus de graines que d’ordinaire.

Interrogé par Anadolu sur la proportion de ce nouveau mode de culture et les nombres de plantes qu'il aura permis de produire, Michel Mazinga Kwey s'est dit incapable de donner de telles estimations dans la mesure où aucune statistique chiffrée n'a été effectuée dans ce domaine. Pour ce qui est du coût de cette culture, il a indiqué qu'une plantule issue de la culture in vitro est vendue à 2 dollars US, soit presque le même prix qu'une plantule ordinaire, sauf que pour s'en procurer les agriculteurs sont souvent obligés de les importer d'autres pays, ce qui leur revient plus cher, indique enfin le spécialiste.

 

 
 

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